L’apport fondamental du marxisme Un nouvel obstacle épistémologique Les quatre erreurs du marxisme orthodoxe |
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Jean-Paul Foscarvel
2007
Comment ? Une société plus adaptée à la préservation de la planète et à l’émancipation des individus. C’est-à-dire par forcément le développement. Par ailleurs, la notion de durable elle-même est problématique : durable, oui, mais combien de temps ?
Le dépassement par l’obtention d’un degré supérieur d’adaptation sociétale.
Une société fractale, donc.
Fractale et régulée : comme dans la physiologie, l’essentiel réside dans les règles que la société se donne à elle-même, règles et principes acceptés par tous, ou au moins la plus grande majorité possible, et dont le but est de bénéficier à tous, ou au moins au plus grand nombre possible.
C’est-à-dire, ces règles, tant politique qu’économiques, en soi sont opposées au principe même du capitalisme, sur le plan social, et économique.
L’apport fondamental du marxisme
Il est indéniable que le marxisme constitue une grille de lecture du capitalisme sans commune mesure, et permet d’expliquer dans une très grande part l’évolution des structures capitalistes jusqu’à nos jours.
Ni la théorie Keynésienne, encore moins la théorie néoclassique, n’ont une efficacité théorique comparable.
Un nouvel obstacle épistémologique
Si nous nous en référons à Bachelard, la première rupture épistémologique en matière d’économie a été réalisée par Marx, donnant lieu à un corpus scientifique, qui, dans la suite des grandes découvertes du dix-neuvième siècle, l’a fait entrer dans l’ère scientifique
Mais pendant que le vingtième siècle dans le domaine de la physique, et, également dans le domaine de l’Art, a donné lieu à une nouvelle rupture épistémologique, créant l’incertitude là où régnait le certain, le marxisme lui a poursuivi sa voie vers les certitudes systémique, donnant à la théorie, mais surtout à la pratique, un caractère de plus en plus fermé.
Le marxisme a donc loupé la seconde révolution épistémologique, et les circonstances historiques aidant, s’est fermé, le long du vingtième siècle, niant toute remise en cause au nom de la lutte de classe contre le capitalisme. Critiquer signifiait capituler.
Mais aujourd’hui, l’échec de ces tentatives de durcissement, qui ne faisaient que renforces la fragilité du système qui devait remplacer le capitalisme, oblige à ouvrir les yeux sur une théorie qui, en se voulant complète, n’a pas été capable de comprendre le théorème de Gödel, et donc l’incomplétude intrinsèque de toute théorie.
Il s’agit bien là de se heurter de front avec le nouvel obstacle épistémologique, le principe de l’incertitude appliqué au marxisme lui-même, et, en quelque sorte, la dialectique de la dialectique.
Les quatre erreurs du marxisme orthodoxe
Si l’analyse de son époque, de la société, fut d’une grande pertinence et d’une grande justesse, par notamment le caractère scientifique de ses analyses sur la situation réelle, l’anticipation d’un monde futur qui devait advenir dans la logique des contradictions dialectiques pour aboutir à la subsomption dans un état idéel, réalisant l’Humanité, est par contre à dépasser, du fait d’une historicité obsolète, le dix-neuvième siècle des absolus ayant laissé la place au vingtième siècle des relativités, et d’une expérience qui paraît réfuter ces théories.
Il y a donc à penser les limites d’une théorie pour aujourd’hui construire un futur que nous ne souhaitons pas parfait dans son abstraction pure, mais réaliste à la mesure de l’Homme.
Le
caractère inéluctable de l’effondrement du capitalisme
D’une façon succincte et trop rapide, une des thèses du marxisme est que les contradictions internes du capitalisme finissent par aboutir, en quelque sorte, à son autolyse. De résolution en crise, de crise en résolution, il finit par aboutir à un état tel que la possibilité même de perdurer n’existe plus, il devient hors de lui-même, la seule solution étant alors la résolution ultime de toutes les contradictions que constitue le communisme.
Plus de cent cinquante ans plus tard, la bête est encore là, puissante, dominatrice, ayant instauré un quasi régime unique sur la planète entière.
Il est possible de penser qu’il accomplit par là, en comblant l’ensemble des brèches à sa domination, la prédiction de Marx, dans la mesure où ayant accompli cette complétude planétaire, il ne saurait plus évoluer davantage, confronté à son blocage total qui ne saurait être dépassé que par son abolition même.
Mais on peut y voir également la réfutation de l’effondrement inéluctable du capitalisme, le régime étant sensé le remplacé s’étant effondré, lui, réellement. Ce ne sont que les luttes des forces destinées à être laminées par le système qui peuvent contraindre celui-ci à évoluer. En absence de lutte, le système peut perdurer quelles que soient les conséquences pou les classes défavorisées, ceci pouvant aller jusqu’à leur extermination physique, tel que déjà l’histoire l’a montré. Pour qu’un système s’effondre, il lui faut une force l’entraînant à sa perte, la plupart du temps extérieure. Elle profite bien entendu de ses faiblesses et contradictions, mais cette force, intérieure ou extérieure, doit exister.
L’histoire est à elle-même son propre devenir. Le type de transformation n’est pas inéluctable, rarement prévisible, et pas toujours, loin s’en faut, souhaitable. L’homme dans sa complexité, ne va pas spontanément vers ce qu’il y a de mieux pour l’humanité.
Si nous voulons une transformation positive du monde, il y faut une énergie, mais entre l’impulsion de départ et le trajet final parcouru par le réel, plus d’une surprise attend ceux qui souhaitent prendre ce chemin. La tentation est grande, alors, pour les groupes aux objectifs trop clairs, de prendre le contrôle du mouvement, créant des bifurcations vers un autoritarisme contraire aux souhaits primitifs de ce même groupe. La révolution se découvre dictature.
On pourrait donner cet adage : Tout mouvement tendu
vers un but préétablit à l’avance mène à trahir ses principes s’il refuse
obstinément de changer de cap.
Ceci résout à peu de frais une aporie du marxisme : il n’y a pas de téléologie dans l’histoire. La seule chose, qui toutefois fait progresser le monde, par à coups, reculades, revirements, oublis, remémorations, c’est l’accumulation, comme pour l’évolution des espèces. Ce qui a été créé n’a pas besoin de l’être à nouveau. Ce qui a été inventé, découvert, imaginé, n’a pas à l’être de nouveau. Mais la cupidité des êtres, individus, systèmes, crée du chaos là où la raison voudrait mettre de l’ordre. Des ouvriers sont du côté du patronat par intérêt immédiat, des journalistes se font échos des idées les plus archaïques par esprit de carrière, Hitler est élu par le peuple allemand par esprit de domination. Le chaos est en nous, et nul ne peut dire qu’il est sûr d’y échapper. La pulsion de mort fait partie de l’homme, par delà toute construction systémique. Et le système qui devait aboutir à l’émancipation de toute l’humanité par résorption des contradictions dialectiques du capitalisme a mis en place Staline.
Mais par ailleurs que le marxisme donne la place à un système dictatorial ou totalitaire, n’est pas non plus inéluctable. Ni ses principes, ni sa genèse, n’en offraient la perspective. Il l’est devenu lorsque les buts ont caché les principes, lorsque l’abolition des entreprises privées, et donc la disparition du profit privé a constitué la seule transformation du système, laissant aveugle la création d’un autre type de profit, symbolique et matériel, en lieu et place du profit financier, et laissant en suspens, au nom de l’égalité, ce sans quoi nulle émancipation n’est possible, la liberté. Il ne peut y avoir d’égalité sans liberté, dans la mesure où celui qui prive l’autre de liberté est au-dessus de celui-ci en matière de pouvoir, privant l’égalité de substance.
Ceci nous pose immédiatement la question de qui dirige, de comment les instances fonctionnent, ce qui nous fait aboutir sur le deuxième point aveugle du marxisme.
L’émancipation
par la dictature du prolétariat
La classe la plus dominée, prenant le pouvoir, ne peut qu’émanciper l’humanité.
Mais au moment où elle prend le pouvoir, elle fait disparaître son statut de classe dominée et devient dominante, avec tous les travers qui peut lui être associé.
Au moment de la prise de pouvoir, une énergie émancipatrice naît de la nouveauté. Mais le pouvoir réel échappe rapidement à ceux qui ont fait la révolution. Une nouvelle caste intervient, avec une rhétorique radicale, mais avec une pratique de fait de nouveaux privilèges.
La souffrance n’est pas davantage un gage d’ouverture, par le simple fait que celui qui a souffert peut à son tour faire souffrir. Plus l’endurance a été grande, plus parfois la vengeance peut d’avérer fatale.
Une sorte de chaîne de la violence, ou de la domination se crée, qui peut être sans fin.
L’infini
des resources
Un point aveugle de la pensée marxiste dans ses analyses est la question de la restriction progressive des ressources à mesure que l’humanité croît.
Si l’idée de la société future n’impliquait pas la croissance démographique, la croissance économique tendant vers un état d’abondance était néanmoins sous-jacente.
Or nous pouvons constater aujourd’hui que quelque soit le type de répartition des ressources, y compris le plus juste, celles-ci sont finies. Cela signifie que nous ne pouvons pas indéfiniment satisfaire tous les besoins, si ceux-ci ne trouvent pas chez l’homme une limite interne.
Dans l’idée du développement, réside une avancée continue, une amélioration sans borne. C’est cependant à ces bornes que nous nous heurtons aujourd’hui.
Une société de l’accroissance est donc à inventer, de l’équilibre entre ce que peut nous fournir la nature et ce que nous faisons pour l’entretenir.
Cette définition d’une société stable implique en germe, à terme, l’abolition de la croissance matérielle, donc du profit. Il est d’ailleurs étrange que l’un des échecs du socialisme, son incapacité à croître, puisse dans l’avenir devenir un atout, où la construction d’une société sans croissance deviendra indispensable.
Le
communisme comme fin de l’Histoire
La téléologie
Il peut y avoir analyse historique, comme il y a psychanalyse ; mais de même qu'il n'y a pas de psychogenèse, il n'y a pas de téléologie historique.
Sur le plan historique, le vecteur temps permet l'accumulation des expériences, l'enrichissement, la mémoire, mais il n'en détermine pas le sens.
Comme chez un sujet, l'accumulation des expériences peut mener vers le mieux, l'élévation, l'intelligence, la sublimation, l'amélioration, la prospérité, le règne de la paix, mais aussi vers le pire, la compulsion, la répétition des échecs, la sclérose, l'anomie, le chaos, la guerre sans fin.
Et n'oublions pas que les épreuves, la maladie, les catastrophes, etc. mènent le plus souvent à des régressions parfois fatales, mais aussi à des dépassements libérateurs : rien n'est joué d'avance. Il est étrange que l'athéisme du marxisme coïncide avec le messianisme de la téléologie du communisme. C'est là sa plus grande aporie, et peut-être ce qui explique son plus grand échec. Comme si sa vision dialectique butait sur un absolu dont l'impensable eusse pu s'expliquer par la dialectique même. Une fin de la dialectique justifiée par elle-même, alors que ce n'en est que sa sortie par l'absurde, un conte de fée pour théologien de l'athéisme marxiste orthodoxe.
Le communisme
Dans quelle mesure une société sans lutte n'est-elle pas morte ?
Le communisme est-il la pulsion de mort du marxisme ? Une société "à chacun selon ses besoins", et le non dit "à chacun selon ses désirs" ? Le désir est-il aboli par la satisfaction des besoins ? Une société sans désir n'est-elle pas, justement, morte ? Ou bien le besoin mène-t-il au désir, mais alors "à chacun selon ses désirs", compte tenu des pulsions de mort, est-elle viable. Il y a là une contradiction inhérente au communisme pur qui n'est jamais exprimée, mais pourtant en germe dans le mot besoin. Sous le pavé, la plage, sous le besoin, les désirs. 68 et Laplanche ont montré combien la satisfaction sans borne des désirs menait à une impasse.
Extension du domaine de l’exploitation
Deux façons simultanées de résoudre provisoirement la baisse tendancielle du taux de profit : étendre sa création, et modifier sa redistribution.
Extension
de la création de profit
Nouveau profit par la qualité d’information.
Automatisation/informatisation : Nike n'a pas intérêt à automatiser (cela n'ajoute aucune valeur à ses produits), mais à surexploiter (faire monter le t profit) Par contre, l'informatisation permet une conception de marque et un avantage en terme de marketing qui se trouve en liaison avec le taux de profit différé, ou d'information.
-> le système à eu à cœur d'investir en informatique, pas en automatique. L'autre avantage est que la diffusion des technologies de l'info rend le peuple infodépendant, et permet des t profits élevés par la diffusion chère et automatique des produits d'informations.
Voir aussi : Nouvelle théorie de la valeur
Extension
de l’appropriation du profit
Les salariés aux très hauts revenus, aux stock-options assurées, sont en réalité des capitalistes salariés. Sans être propriétaires de capital, sans avoir investi directement par des actions dans l’entreprise, ou de façon partielle, bref sans être rémunérés en tant que capitalistes par les dividendes des actions, leur niveau de salaire est tel que celui-ci est directement issu de la plus-value tirée de l’entreprise dont ils sont salariés. Ce sont des capitalistes d’un nouveau genre, pour lesquels le taux de profit est garanti, et qui garantissent aux actionnaires vraiment capitalistes la réalisation de leurs dividendes.
Par ailleurs, l'exploitation temporelle est également un domaine d’exploitation : d'un côté ceux qui triment pour survivre, et y consacrent leurs "temps libres" (ménage, bricolage, achats de produits de première nécessité, etc.) et de l'autre ceux qui ont le temps, non contraints, afin de bénéficier de lui pour les loisirs, laissant les tâches ménagères aux domestiques. Ceux qui décident du temps de travail des premiers sont ceux-ci, qui en ignorent les contraintes. D'un côté les prolétaires du temps contraint, de l'autre les bourgeois du temps libre. Comment s'étonner que les théâtres, opéras, musées, ne sont remplis que des seconds ?
Mais comment insérer cette nouvelle redistribution des profits dans l’analyse de la réalisation du taux de profit capitaliste proprement dit ? Comment les actionnaires perdent-ils, eux, une partie de leur profit au bénéfice de ces salariés ? Et qui sont à a fois les Supersalariés, et les actionnaires ? En effet, lorsque les actionnaires sont eux-mêmes des consortiums financiers, ils ont à leurs têtes d’autres supersalariés, et non plus l’actionnaire tel qu’il était concrètement visible en tant que cet être humain là. Le capitalisme semble désormais être aux mains de ces supersalariés, et non plus des actionnaires, même si bien sûr les supersalariés sont aussi méga-actionnaires dans ces consortiums, etc.
Comment calculer dès lors un profit, et profit pour qui ? Les fonds de pension en sont l’exemple ultime. Les « propriétaires » sont sensés être des employés étasuniens devenus au moment de leur retraite des capitalistes féroces. Mais qui décide ? Des hauts managers qui gèrent ces fonds. Qui sont alors les vrais capitalistes ? Ceux qui touchent (lorsque ça marche), l’équivalent d’une retraite améliorés, ou ceux qui gèrent ces fonds, ne sont que des salariés, certes, mais gagnent des sommes considérables ? On voit là que le système capitaliste a su une fois de plus modifier ses propres règles pour survivre, pour dépasser des contradictions apparemment insurmontables.
Les capitalistes sont joueurs, tant qu’ils peuvent jouer, ils jouent, même en trichant, même en changeant les règles en cours de partie, et ceci tant qu’une minorité peut s’accaparer la majorité des mises.
La
machine au service du profit
Il est remarquable de constater que les espoirs dans l’automatisation des tâches par l’introduction des technologies sophistiquées ont donné place à l’exploitation forcenée d’une main d’œuvre bon marché dans des conditions de production souvent archaïques.
Dans le même temps, les machines perfectionnées ont permis le développement des techniques de masse de communication électronique.
Comment ne pas y voir l’effet simultané de la recherche du profit ?
D’un côté, des machines outils, robots, qui devaient produire plus et mieux, mais ces machines produisaient des objets réels, avec pour résultat un taux de profit réel, issu de l’exploitation du temps de travail. Comme Marx l’a bien analysé, ces machines n’ajoutent aucune plus-value aux produits. Le taux de profit généré est très faible. Il est bien plus rentable d’exploiter dans des conditions dignes du dix-neuvième siècle un prolétariat soumis et résigné, d’autant plus que le pays phare est dirigé par le parti … communiste ! Un capitalisme sans borne peut prospérer sans entrave sous une telle bannière.
Par ailleurs, ce qui crée de la plus value, et un taux de profit considérable, est la qualité d’information qui partir d’une conception unique peut être diffusée universellement à peu de frais. Les réseaux électroniques sont le vecteur idéal pour que des profits colossaux soient générés à partir de ces « produits » .
En développant l’une au détriment de l’autre, le capitalisme a logiquement optimisé sa création de taux de profit, faisant passer la révolution informatique comme une libération de l’humanité, au moment même où l’esclavage, ou l’hyperexploitation, se développe dans les pays en voie d’aliénation.
Une
société désirable
Une société du désirable pour tous ?
Partir non du développement comme dogme, mais du désirable comme but et chemin. Un but, qui n’est pas une fin, désirable, par un chemin qui l’est également.
Le désirable pour tous l’est-il aussi pour chacun ? Oui, au sens de Kant. C’est-à-dire que la condition d’un désir légitime des uns passe par la désirabilité pour les autres de ce même désir.
Ceci ne peut être l’accumulation sans borne d’une minorité.
Une société du légitimement désirable pour tous, donc. Qui implique un droit et une responsabilité. La création d’une société autonome politiquement, comme tend à l’être la démocratie, mais aussi économiquement, comme ne l’est pas le capitalisme.
En ce sens, le capitalisme est une société archaïque, comme l’était celle de l’ancien régime avec ses droits à priori inégaux.
Le concept lie à la fois la libre expression, la libre volonté de l’individu, et la pleine conservation de l’ensemble, son plein épanouissement. Elle signifie aussi que la guerre, la mort d’autrui, le vol, ne sont pas des actes de désir légitime, puisqu’ils enfreignent la règle pour autrui.
On peut voir là un principe abstrait dont l’application est concrète. La structure sociétale ne peut dans ce cas rester celle de la société capitaliste : il s’agit de le dépasser, et non de remplacer une sous-structure (l’accaparement privé de la plus-value), par une autre, comme ce fut le cas du soviétisme.
Vers
la complexité
Polyalectique au lieu de dialectique ! ou le passage du complexe au métacomplexe, voire le métencomplexe.
Dans dialectique, il y a dual. Or des termes supplémentaires apparaissent lors de la réalisation d'une contradiction dialectique. Contradictions polyalectiques.
La subsomption de la contradiction est en réalité l'émergence d'une contradiction d'un autre type qui dépasse la première, sans la résoudre : il n'y a pas de résolution, il n'y a que des dépassements qui entraînent à leur tour de nouvelles contradictions, et ainsi de suite. La suite philosophique des états potentiels de contradiction ne converge pas vers une stabilité. Tout état stable n'est qu'un état stationnaire provisoire.
Toute Utopie qui a pour objet de définir un cadre sociétal définitif et complet est vouée à l'échec. Si utopie il y a, son incomplétude seule peut en tracer la vraisemblance. Elle est nécessaire pour transformer la société, éviter le cynisme,, la sclérose, l'anomie, mais reste inaccessible intrinsèquement. L'utopie est une ligne de tension, incertaine, imparfaite, incomplète, en un mot floue, mais aussi une asymptote qui jamais ne sera atteinte. Mais y renoncer peut nous faire tomber dans la barbarie sans perspective. La seule utopie souhaitable est floue.
Un
chemin
Les épreuves qui nous attendent, notamment le conflit entre les intérêts personnels et la sauvegarde de l’espèce, peuvent engendrer des luttes d’un nouveau genre, avec des idées nouvelles quant à la société, où désir d’une vie libre, nécessité de justice, équilibre énergétique, soif de connaissance, s’entrechoqueront avec d’autres idées plus anciennes, archaïques, voire destructrices.
Il est de l’intelligence humaine de s’emparer de ces problématiques afin d’en faire une œuvre positive, libératrice, complexe, indéterminée dans son devenir, souhaitable dans son contenu, et en accord avec la nature, car aucun être suprême ne nous sauvera si nous ignorons l’univers dans lequel nous vivons en nous ignorant nous-mêmes.